Si vous visitez la Fondation Vuitton avant la fin de l’été, vous ferez coup double ! Vous pourrez en effet y découvrir une sélection d’oeuvres chinoises de la Collection et le bâtiment de verre très récemment mis en couleurs par Daniel Buren.

BUREN COLORE LA FONDATION VUITTON

Ce sont d’abord les douze voiles du toit de la Fondation Vuitton, composées de 3600 verres et recouvertes de filtres colorés par Daniel Buren, qui captent le regard et invitent à la déambulation. De terrasse en terrasse, de salle en salle, on ne cesse d’être attiré par la lumière qui se dégage de ces grands panneaux dont les variations de couleurs produisent un effet saisissant. L’observatoire de la lumière mis en scène par Daniel Buren porte bien son nom ! Et même si on se perd un peu dans le labyrinthe de la Fondation Vuitton, on découvre à chaque fois avec ravissement une nouvelle vue sur le Jardin d’Acclimatation ou sur les tours de la Défense.

Fondation Vuitton Daniel Buren

DES OEUVRES A LA DIMENSION CONTEMPLATIVE

Et, entre deux contemplations de ces perspectives, on entre dans une nouvelle salle pour être saisi par les oeuvres monumentales de l’exposition. La première galerie présente deux oeuvres de Huang Yong Ping. Notamment une étonnante structure inspirée du Porte-Bouteilles de Marcel Duchamp, Cinquante bras de Bouddha. Les tiges métalliques sont pourvues de bras sculptés qui portent des objets domestiques ou empruntés à l’iconographie bouddhiste. Plus loin, Tree, une oeuvre de Ai Weiwei, Long Island Buddha ou encore Sudden Awakening de Zhang Huan nous entraînent dans un univers contemplatif emprunt de références orientales et occidentales.

Long Island Buddha, Zhang Huan, Fondation Vuitton

D’une dimension plus dramatique, les peintures d’histoire de ce dernier, de très grands formats, évoquent pour l’une (Great Leap Forward) les réformes agricoles et industrielles mises en place par Mao de 1958 à 1969 et qui ont occasionné l’une des plus grandes famines du siècles et pour l’autre, longue de 10 mètres (National Day) la place Tian Anmen lors de la cérémonie des dix ans de la déclaration de la République Populaire de Chine par Mao. On ne peut s’empêcher de faire le rapprochement avec les photos de Patrick Zachmann exposé en ce moment à la Maison Européenne de la Photographie. Grandioses et classiques à la fois, ces hommages sont d’autant plus stupéfiants que l’exécution en est inédite. Car ces tableaux sont faits de résidus d’encens, collectés dans les temples, triés par taille par une centaine d’assistants. Ces cendres représentent les espoirs, les attentes et les prières de toute la communauté chinoise.

Great Leap Forward, Zhang Huan, Fondation Vuitton
National Day, Zhang Huan, Fondation Vuitton

UNE INSTALLATION SIDERANTE

Mais notre coup de coeur véritable a été pour l’installation Ten Thousand Waves de Isaac Julien. Polyphonie de sons et d’images projetée sur 9 écrans, cette oeuvre s’inspire en partie d’une tragédie survenue en 2004 : des employés chinois qui ramassaient des coques dans une baie anglaise ont été surpris par la marée montante et sont morts noyés. C’est une oeuvre qui mèle la culture chinoise contemporaine à ses mythes anciens. L’artiste britannique évoque ainsi un conte chinois du XVIè siècle racontant l’histoire de pécheurs sauvés par Mazu, la déesse des mers, ici interprétée par Maggie Cheung. On la voit évoluer dans le Shanghai contemporain et dans des paysages chinois absolument époustouflants. La succession d’images nous plonge dans un univers onirique qui nous fait perdre tout repère. On est gagné par la magie des images et on en ressort complètement émerveillé.

Ten thousand waves, Isaac Julien, Fondation Vuitton

L’exposition La Collection est visible à la Fondation Vuitton jusqu’au 29 août 2016.