Elle a les yeux baissés, elle semble sourire. On dirait qu’elle va, ou vient de parler. C’est la nuit. Elle est derrière un grillage et la lumière venant de la gauche éclaire juste son visage. C’est cette sublime photo, en noir et blanc, un peu hors du temps, qui nous a donné envie de visiter l’exposition So Long China de Patrick Zachmann à la Maison Européenne de la Photographie. Nous ne connaissions pas son travail et nous pensions surtout y voir des portraits. Mais c’est une Chine historique, famille, urbaine dans laquelle Patrick Zachmann nous emmène à travers plusieurs séries de photos.

Patrick Zachmann, So Long China, Maison européenne de la photographie
Patrick Zachmann, So Long China, Maison européenne de la photographie

Ce photographe français indépendant, né en 1955, a découvert la Chine en 1982 à l’occasion d’un reportage qu’il devait réaliser sur le cinéma chinois. Comme nous avant de visiter l’exposition, il arrive en Chine avec des représentations du pays influencées par des images d’Epinal et, évidemment, la propagande. La réalité est comme toujours bien plus complexe que ce qu’on veut bien nous en laisser voir.

Patrick Zachmann, So Long China, Maison européenne de la photographie
Patrick Zachmann, So Long China, Maison européenne de la photographie

Un témoin privilégié

Témoin des événements de Tianan’men en 1989, du tremblement de terre dans la province du Sichuan en 2008, il a aussi publié une étude sur la diaspora chinoise à travers le monde en 1995. Ses photos nous montrent Hong Kong, Taiwan, Pékin évidemment.

Patrick Zachmann, So Long China, Maison européenne de la photographie

Une immigration inversée

Mais il photographie aussi des endroits plus reculés, notamment le village de Wenzhou, dans la province du Zhejiang (sud de la Chine), dans lequel il réalise une série de photos en 1991 et une autre 14 ans plus tard.

Patrick Zachmann, So Long China, Maison européenne de la photographie
Patrick Zachmann, So Long China, Maison européenne de la photographie

C’est son Retour à Wenzhou : il découvre alors combien les paysages ont changé, retrouve les gens qu’il y avait rencontrés et constate à quel point l’économie a évolué là-bas. On n’y rêve plus de l’Europe ni de la France, mais de s’enrichir au pays natal, devenu bien plus attractif désormais. Les images sont émouvantes et nous semblent étonnamment familières. Les notes manuscrites de l’auteur, exposées dans des vitrines sous les photos, renforcent ce sentiment et nous donnent l’impression de lire son journal intime et de partager avec lui l’émotion des retrouvailles.

Un condensé visuel de l’histoire

La série China too fast met en scène des couples de grands-parents et de petits-enfants. On reste ahuri, et attendri, devant le décalage entre les générations, celle qui a connu la révolution culturelle et celle qui vit les mutations capitalistes. Pour autant, malgré le choc culturel, les familles restent visiblement complices.

Patrick Zachmann, So Long China, Maison européenne de la photographie

Dans un autre registre, on a aussi particulièrement aimé la série Nuits de Chine. Les couleurs saturées et vibrantes sur fond noir nous invitent à entrer dans la vie nocturne et secrète de la Chine des années 80.

Patrick Zachmann, So Long China, Maison européenne de la photographie
Patrick Zachmann, So Long China, Maison européenne de la photographie
Patrick Zachmann, So Long China, Maison européenne de la photographie

Comme d’habitude, la scénographie imaginée par la MEP est admirable. On circule facilement, les images sont parfaitement mises en valeur et le cheminement proposé à travers les différentes salles nous permet de passer d’une série à l’autre de manière compréhensible sans être brutale.

On vous conseille donc fortement d’aller voir cette exposition (et une autre dont on vous parlera bientôt). Elle est visible jusqu’au 5 juin 2016. Ne traînez pas trop !