Né en 1938, Daido Moriyama est une figure centrale de la photographie japonaise. Il est pourtant bien moins connu qu’Araki en Europe. Mais ces deux grands maîtres ont beaucoup en commun.

En 1974, ils fondent ensemble l’école de photographie Workshop. La ville de Tokyo constitue pour tous deux un sujet de prédilection. Le quartier de Shinjuku est celui dans lequel Daido Moriyama œuvre le plus souvent. Il erre dans ses rues étroites où se mélangent toutes les classes sociales et ne cesse, comme Araki, de shooter tout ce qu’il voit. Il évoque ainsi leur relation : « Je n’ai pas de relations quotidiennes avec Araki. Il aime faire la fête et organiser des soirées. Ce n’est pas ma tasse de thé. Ce n’est pas un ami proche mais on se retrouve et on a une amitié autour de la photographie, dont il a une véritable compréhension et connaissance. C’est un homme très spécial que j’aime beaucoup. » Mais s’il travaille lui aussi le noir et blanc, les comparaisons s’arrêtent là, car le traitement de l’image est bien différent chez Daido Moriyama. Le grain et le contraste de ses photos sont très marqués, il joue beaucoup sur la surexposition et le flou jusqu’à rendre les images presque imparfaites, « sales » disent certains. « Depuis que je suis jeune, on me dit que je fais des images sales. Je ne l’ai jamais pensé. D’une manière générale, je ne pense pas que le monde soit quelque chose de beau. Cela ne veut pas dire qu’il n’en est pas intéressant pour autant. »

On connaît moins ses photographies couleur. Voilà pourtant 20 ans qu’il en réalise. La Fondation Cartier nous propose aujourd’hui dans son exposition Daido Tokyo de découvrir cette facette méconnue de l’artiste sans pour autant occulter son travail photographique en noir et blanc.

Daido Moriyama, Daido Tokyo, Fondation Cartier

Une exposition en deux temps

Daido Moriyama, Daido Tokyo, Fondation Cartier
Daido Moriyama, Daido Tokyo, Fondation Cartier

Le grand bâtiment de verre de la fondation Cartier nous invite d’abord à une promenade dans une lumière quasi naturelle. On chemine comme à travers les rues d’une ville entre de grands panneaux sur lesquels sont accrochées les photos de Daido Moriyama, telles des affiches publicitaires.

Et dans ce labyrinthe d’images, on découvre des coins de ville, des silhouettes, des grillages et des câbles, des visages ou des bouches, des formes et des matières… Un assemblage a priori hétéroclite aux associations pourtant pertinentes qui nous invite à suivre le photographe dans ses déambulations. Les images sont fortes et brutes, les couleurs puissantes nous happent et nous captivent. « Avec la couleur, j’ai un rapport plus direct aux choses. J’aime quand elle est très franche ou au contraire très douce, en surface. Pour certains lieux, cela m’a paru être une évidence que je devais utiliser la couleur. »

Daido Moriyama, Daido Tokyo, Fondation Cartier

Dog and Mesh Tights

La suite de l’exposition nous plonge tout au contraire dans le noir. On entre dans une vaste salle où quatre écrans, comme deux grands livres ouverts, projettent selon un rythme bien étudié les photographies, cette fois-ci en noir et blanc, de Daido Moriyama.

Ce diaporama, intitulé Dog and Mesh Tights, a été réalisé spécialement pour l’exposition. L’artiste explique : « J’ai utilisé d’emblée le noir et blanc. C’est un exercice que je me suis imposé sur six mois parce qu’avant cela, j’avais énormément photographié la ville, notamment en couleur, et que je m’étais lassé de ces images. Je me suis dit qu’il fallait tout reprendre à zéro. Je me suis dit «allez, il faut revoir à nouveau la surface de la ville», et j’ai choisi le format vertical, celui du portrait. Le noir et blanc s’y prêtait fortement. Quand vous photographiez la ville en numérique, vous finissez toujours par faire des photos au format paysage, je ne me l’explique pas, c’est quelque chose qui arrive de manière un peu trop naturelle. Donc je me suis imposé un autre protocole. »

Les juxtapositions et les combinaisons d’images se lisent comme un ouvrage d’art. C’est que l’artiste a toujours préféré les livres aux expositions, dont il n’aime pas le côté révérencieux.

Daido Moriyama, Dog and mesh tights, fondation Cartier

L’exposition est visible jusqu’au 5 juin.

Daido Moriyama, Dog and mesh tights, fondation Cartier
Daido Moriyama, Dog and mesh tights, fondation Cartier