C’était une exposition qu’on attendait avec impatience depuis qu’on avait appris son ouverture. Araki est exposé au musée Guimet à Paris depuis le 13 avril dernier.

Plus de 400 photographies, une des plus importantes expositions qui lui ait jamais été consacrée en France, des œuvres inédites … on ne voulait pas manquer ça ! Et si cela ne suffit pas encore pour vous faire envie, on vous explique pourquoi il faut absolument aller la voir.

1 – Pour découvrir son émouvante histoire

Araki, Yoko, Voyage Sentimental
Araki, Yoko, Voyage sentimental

« La photographie, c’est la vie.
Et la vie est un voyage sentimental. »

C’est une histoire en images. On ne peut parler de rétrospective chronologique, même si Araki photographie tous les jours, à la manière d’un journal intime : « Prendre des photos est aussi naturel pour moi que la respiration ».

Sa plus célèbre série d’images, Voyage sentimental (1971), est le récit fondateur de son œuvre, le roman-photo de sa lune de miel avec sa femme Yôko. Un amour brisé par la mort de celle-ci, d’un cancer, en 1990. En 1989, il réalise Voyage d’hiver. Ce sont les dernières photos de Yôko. La série s’achève presque sur une bouleversante et sublime image de sa dépouille. Les photos qui l’entourent nous montrent leur chat, dont la présence, sur la terrasse ou le lit vides, matérialise l’absence cruelle de sa maîtresse. Depuis, Araki photographie chaque jour le ciel. Les images assemblées de ces cieux crépusculaires composent un tableau hypnotisant et émouvant. « Je vois désormais ce bas monde depuis l’au-delà… » En 2010, il a annoncé qu’il était lui-même condamné par un cancer.

Araki, Yoko, Voyage sentimental

2 – Pour se laisser saisir par la puissante beauté de ses photographies

Araki, Musée Guimet, fleur

« La photographie est la vie, le quotidien est un art ».

Les photographies d’Araki sont avant tout intensément esthétiques. Au-delà des thèmes du sexe et de la mort, lisibles dès le début de l’exposition qui s’ouvre sur les images de fleurs. Au delà du Kinbaku (et non « bondage », terme qui sonne, selon Araki, comme une mode) et de son art des liens et des nœuds. Bien au-delà encore de la succession des corps de ses amantes, offertes sans retenue aux yeux des spectateurs.

Araki, Kinbaku

L’ensemble des images forme une œuvre dont les variations nous emmènent dans un voyage intérieur obsessionnel, à la fois cohérent et déroutant. Araki sublime tout. Le corps des femmes, le cœur des fleurs, comme le quotidien.

3 – Pour dépasser les idées préconçues

« La beauté a raison de tout, surtout du jugement moral » nous dit Sophie Makariou, la présidente du musée Guimet. Et en effet, face aux photographies grand format très stylisées, comme devant les pêle-mêle de polaroids, on ne relève aucune vulgarité. Les sexes ouverts ou entaillés par les cordes, les corps distordus ou suspendus, l’évocation des actes sexuels, imminents ou accomplis, ne sont jamais obscènes.

Araki, Tokyo Comedy

Erotiques, certainement, pornographiques parfois, mais esthétiques sans aucun doute. « La provocation sexuelle n’est pas toujours là où on croit la trouver d’emblée » ajoute Sophie Makariou. On ne lit ni souffrance ni extase sur les visages des femmes ligotées. La mise en scène est toujours poétique. Légère, même. « Sans cordes, les femmes japonaises s’enfuiraient, c’est pour ça que je les ligote ». Il faut dire que l’humour provocateur et politiquement incorrect d’Araki contribue aussi à tout dédramatiser. Et il précise : « La photographie, elle aussi, ligote les gens et les met dans une boîte. »

Araki, Musée Guimet

4 – Pour sourire de l’hyperactivité d’un artiste exceptionnel

Atelier Araki
Araki polaroids

Le vieux fou de photo

L’oeuvre d’Araki est pléthorique. Celui qui se surnomme lui-même « vieux fou de photo » ne cesse de photographier tout et tout le monde. Ainsi, dans l’installation vidéo, on le voit incessamment prendre en photo une statue, des canards, auxquels il jette du pain, des passants, à qui il offre ses polaroids… Comme on aimerait croiser son chemin ! Précurseur de la photographie du quotidien élevée au rang d’art, Araki est le dernier artiste contemporain à ne avoir jamais utilisé le numérique.

Mais ce photographe attachant et facétieux est aussi un auteur prolifique. A ce jour, il a publié plus de 500 livres. L’ouverture de l’exposition met d’ailleurs en scène un mur présentant presque toutes ses publications. On comprend immédiatement à qui on a à faire avant même de voir son travail. Evidemment on a envie de tout voir, de poser notre regard sur toutes ces petites photos, comme on reste en contemplation devant les plus grandes. Et on avance, on se découvre boulimique, et on se dit qu’on y retournera. Sans aucun doute. Allez-y vous aussi, vous ne serez pas déçus ! Et vous avez tout l’été pour ça : l’exposition est visible jusqu’au 5 septembre 2016.

araki