C’est surtout par La grande vague de Kanawaga, la célèbre estampe, que l’on connaît Hokusai, le spécialiste japonais de l’Ukyio-e.

On sait sans doute moins qu’il a réalisé, à partir de 1812, un grand ouvrage, La Manga. Il poursuivra son travail jusqu’à la fin de sa vie, disant en 1834 : « A 100 ans j’aurais véritablement atteint un niveau merveilleux, et à 110 ans, chaque point, chaque ligne de mes dessins aura sa vie propre. » Il décède à 89 ans, en 1849, sans pouvoir vérifier ses dires.

Littéralement, « manga » désigne des dessins qui sont faits à la demande, sans lien entre eux. « Man » signifie « impromptu » et « ga », dessin. La Manga est donc un guide destiné aux apprentis dessinateurs. En visite à Nagoya chez le peintre Bokusen, Hokusai réalise 300 croquis improvisés pour un groupe d’amateurs. En 1814 les dessins sont rassemblés dans ouvrage dont le sous-titre est « Initiation à la transmission de l’essence des choses ».

Un apprentissage par la copie

Depuis la fin du 18ème siècle il existe au Japon des manuels de dessin. De nombreux amateurs s’adonnent à cette pratique. Les manuels leur proposent des modèles, des répertoires de formes à adapter. Car au Japon, l’apprentissage traditionnel du dessin ne se fait pas d’après nature mais à partir de la calligraphie, par la copie. La maîtrise du geste et l’exécution d’une image mentale priment.

Onze aveugles palpent un éléphant, 1818-1819, La Manga, vol. 8

Onze aveugles palpent un éléphant, 1818-1819, La Manga, vol. 8

Exercices sur des tiges de bambou - Acrobates, 1818-1819, La Manga, vol. 8

Exercices sur des tiges de bambou – Acrobates, 1818-1819, La Manga, vol. 8

Marishi Sonten, personnification de la lumière, 1817, La Manga, vol. 6

Pour Hokusai c’est une manière de transmettre son style à ses disciples. La préface indique d’ailleurs : « Maître Hokusai peignait avec une telle précision, clarté et profondeur que tout paraissait vivant. » Et en effet, que de vie dans ses croquis, chez les nageurs ou acrobates, comme chez les animaux ! Les planches (une soixantaine) présentées par le musée du dessin et de l’estampe originale de Gravelines fourmillent de détails, de postures, d’expressions.

Hommes s’abritant au pied d’un épinard de Malabar, 1817, La Manga, vol. 7

Hommes s’abritant au pied d’un épinard de Malabar, 1817, La Manga, vol. 7

Un condensé de l’imaginaire japonais

C’est un univers fantasque minutieusement reproduit, dont la maîtrise procède pourtant d’une observation rigoureuse de la nature. Poétique, drôle, onirique ou inquiétant, son travail est un condensé de l’imaginaire japonais.

Les Caprices d’Hokusai est une exposition à voir absolument si vous êtes sensible à l’art du maître japonais, ou si vous pratiquez vous-même le dessin. Pourriez-vous imaginer un meilleur maître ?

Vous avez jusqu’au 18 septembre 2016.

Chevaux et harnachements, 1817, La Manga, vol. 6

Chevaux et harnachements, 1817, La Manga, vol. 6