Pendant la seconde moitié du 19ème siècle, à l’époque où Tokyo s’appelle encore Edo, le Japon ouvre ses portes à l’Occident et rompt ainsi 250 ans d’isolement.
Depuis le début du 17ème siècle, le régime des Shoguns Tokugawa domine. C’est une période de paix pendant laquelle s’est développé le mouvement artistique Ukiyo-e. Signifiant « image du monde flottant » dans le sens où la seule chose certaine est l’impermanence de tout, il concerne la littérature, la peinture et surtout l’estampe. Les thèmes, considérés comme vulgaires au Japon, correspondent aux goûts de la classe montante, celle de la bourgeoisie et des marchands. Ainsi on met en scène des courtisanes, des comédiens du théâtre Kabuki, des lutteurs de Sumo, des batailles héroïques, les mœurs ou encore la nature…

Tsukioka YOSHITOSHI, Chasse au tigre par Sato Masakiyo, 1864

Tsukioka YOSHITOSHI, Chasse au tigre par Sato Masakiyo, 1864

Une explosion de couleurs

Mais l’ouverture forcée à l’Occident implique une modernisation qui touche également l’art. La photographie est perçue comme un danger à la survie de l’estampe. Les artistes explorent alors de nouveaux sujets, intègrent de nouvelles règles (notamment celle de la perspective linéaire), tentent de modeler les volumes par la lumière et, influencés par la photographie, travaillent la figuration de manière plus réaliste. Par ailleurs, l’emploi des premiers pigments de synthèse permet une véritable explosion des couleurs.

Le musée du Dessin et de l’Estampe originale de Gravelines propose à travers son exposition Les derniers feux de l’estampe japonaise une présentation de gravures de la fin de l’époque d’Edo, des oeuvres de la dernière génération d’artistes de la gravure Ukiyo-e.

Utagawa KUNIYOSHI, Le thé d’Horikawa, 1844

Utagawa KUNIYOSHI, Le thé d’Horikawa, 1844

Toyohara KUNICHIKA, Portrait d’un homme noble

Toyohara KUNICHIKA, Portrait d’un homme noble

Keisai EISEN, La courtisane Kaoru de Owariya associée à Okitsu, 1820-25

Keisai EISEN, La courtisane Kaoru de Owariya associée à Okitsu, 1820-25

Dès le premier regard on est saisi par la vitalité et la richesse des couleurs, par la profusion de détails et d’ornements et par le graphisme qui préfigurent l’esprit manga actuel. L’estampe Ukiyo-e est d’ailleurs souvent citée comme étant l’une des sources de la bande dessinée japonaise. Les traits des visages sont simplifiés, les yeux et la bouche marquant seuls l’expression.

estampe japonaise

L’esprit manga

Le traitement graphique par le contour noir et les aplats de couleurs franches, tout comme les motifs décoratifs plats et découpés, nous rappellent les trames des mangas modernes. Les figures particulièrement expressives des personnages (voire des animaux), leurs postures outrées et leurs mouvements amplifiés amusent tout autant qu’ils nous fascinent. On ne se lasse pas d’y découvrir à chaque coup d’oeil de nouveaux éléments. Quant aux paysages et aux motifs floraux, ils évoquent, avec nostalgie, un temps révolu. Et pourtant certaines représentations semblent parfois sorties d’une bande dessinée moderne.

Utagawa KUNIYOSHI, Le héros Kanchikotsuritsu, 1827-1830

Utagawa KUNIYOSHI, Le héros Kanchikotsuritsu, 1827-1830

Utagawa YOSHITORA, Bataille de Kawana-Kajima entre Takeda Singent et Uesugi Kenshin (détail), 1862

Utagawa YOSHITORA, Bataille de Kawana-Kajima entre Takeda Singent et Uesugi Kenshin (détail), 1862

Du Japon aux impressionnistes

Au moment où l’Occident découvre ces estampes, où l’Ecole de Pont-Aven et les impressionnistes s’ouvrent au japonisme, le Japon se désintéresse de la gravure traditionnelle. Celle-ci disparaît progressivement de son pays d’origine à mesure qu’elle renouvelle l’art moderne et les arts graphiques en Europe.

L’exposition est visible jusqu’au 5 juin 2016.