L’exposition Dans l’atelier, l’artiste photographié, d’Ingres à Jeff Koons, présentée par le Petit Palais, nous propose de devenir les témoins privilégiés de la création artistique. Fascinants, mystérieux, bizarres, les ateliers révèlent la personnalité des artistes et participent à entretenir la mythologie qui les entoure.

Dès la naissance de la photographie au milieu du XIXème siècle, les photographes ont investi ces lieux de la création. Perpétuant une tradition visuelle initiée par les peintres eux-mêmes, ils ont tiré le portrait des artistes et ont commercialisé leurs images, satisfaisant ainsi la curiosité du public qui pouvait dès lors pénétrer dans l’intimité des créateurs.

Gautier Deblonde, Atelier de Jeff Koons

Gautier Deblonde, Atelier de Jeff Koons

Edmond Bénard, Georges Rochegrosse dans son atelier à Paris, vers 1880

Edmond Bénard, Georges Rochegrosse dans son atelier à Paris, vers 1880

Et cette fascination est aujourd’hui encore bien vivante. Ironiquement la visite de l’exposition débute avec le travail de Gautier Deblonde dont le projet consiste à « faire le portrait de l’artiste sans l’artiste. » Sa série de photographies panoramiques, réalisée entre 2004 et 2013 auprès de plus de 200 artistes (dont Anish Kapoor, David Hockney ou Pierre Soulages), révèle de manière inédite le créateur et son travail : « Dans l’atelier de l’artiste, quelque chose se passe. C’est l’endroit où l’artiste est vraiment un artiste. C’est là que la magie opère. »

Là où la magie opère

 

Au XIXe siècle, le projet d’Edmond Bénard (1838-1907), Les artistes chez eux, revêtait sensiblement les mêmes objectifs : inviter le spectateur à pénétrer dans les intérieurs des artistes. Les créateurs se mettent alors soigneusement en scène, dévoilent leurs sources d’inspiration, cherchant à séduire les acheteurs potentiels. C’est un travail de promotion. Les artistes veulent se montrer sous leur meilleur jour mais les photographes cherchent aussi à promouvoir leur travail et enrichir leur production d’images.

Entre collaboration et complicité

 

Mais ce travail de collaboration ne se révèle pas toujours aisé. Il fallut ainsi beaucoup de tact à Gérard Rondeau pour photographier Louise Bourgeois, très soucieuse de contrôler son image. Le regard acéré, et assuré, de l’artiste parle de lui-même.

Gérard Rondeau, Louise Bourgeois dans son atelier à New York en 1993

Gérard Rondeau,
Louise Bourgeois dans son atelier à New York en 1993

Marvin V. Schwartz, Alexander Calder rugissant avec le lion du cirque, 1971

Marvin V. Schwartz,
Alexander Calder rugissant avec le lion du cirque, 1971

D’autres jouent au contraire avec l’objectif, comme Alexander Calder qui rugit comme le lion en peluche qu’il tient dans la main. Plus loin, on s’amuse du désordre (et c’est un faible mot) qui règne dans l’atelier de Francis Bacon. On est ému par les images de Matisse, diminué par un cancer, qui peint avec une perche, assis dans son fauteuil roulant. On est impressionné par le cliché d’Albert Harlingue montrant le sculpteur Alix Marquet travaillant à son Sisyphe et qui semble soutenir lui-même le rocher de son personnage.

Carlos Freire, Francis Bacon dans son atelier à Londres, 1977

Carlos Freire, Francis Bacon dans son atelier à Londres, 1977

Lucien Hervé, Henri Matisse au travail à Nice, 1949

Lucien Hervé, Henri Matisse au travail à Nice, 1949

Bernès, Marouteau et Cie, Naoum Aronson en train de modeler des mains, années 1930

Bernès, Marouteau et Cie, Naoum Aronson en train de modeler des mains, années 1930

Une exposition riche et émouvante

Les gestes et le travail des artistes sont particulièrement bien mis en valeur dans cette exposition riche de 430 photographies. Les mains, les détails des œuvres, les regards des artistes sur leurs modèles dévoilent ainsi à nos yeux curieux et fascinés des secrets qu’on n’aurait jamais pu découvrir autrement.

Courez donc voir cette expo et profitez de la nocturne du jeudi soir (jusque 21h), beaucoup plus intime et tranquille. Elle est visible jusqu’au 17 juillet.