L’exposition Daniel Buren : Une Fresque a ouvert ses portes le 19 février dernier. Elle est visible aux Palais des Beaux-Arts de Bruxelles jusqu’au 22 mai. Proche d’une autobiographie, elle regroupe les œuvres d’artistes qui ont aidé Daniel Buren et/ou ont eu une influence sur son développement personnel et artistique. C’est donc une démarche subjective et personnelle, une première dans la vie de l’artiste, initiée par le curateur de l’exposition, Joël Benzakin. C’est en effet suite à la proposition de ce dernier de présenter quelques grands artistes du XXe siècle importants à ses yeux, que Daniel Buren a pu mettre en pratique sa devise du Musée qui n’existait pas (2002) au Centre Pompidou: « Exposer dans un musée, c’est aussi exposer le musée ».

Une exposition hétéroclite

« On a donc ici, si l’on peut dire, un spectre de travaux qui vont du début du XXe siècle jusqu’au début du XXIe, qui présente et représente des points de vue, importants pour moi donc très subjectifs, sur des choses qui m’ont permis et me permettent, encore aujourd’hui, pour la plupart d’entre elles, de travailler, de réfléchir. Des œuvres questionnantes et toujours à questionner. »

Une exposition pour le moins hétéroclite donc, avec « pour chaque artiste choisi une raison spécifique à sa présence dans cet accrochage toujours en relation étroite avec mon propre parcours. (…) J’ai voulu profiter ici de cette exposition pour rendre hommage à certains d’entre eux, tombés pour la plupart dans un oubli général, mais qui m’avaient reçu chez eux, montré leurs œuvres, ouvert les yeux et donc aidé pour la suite des événements. Ils représentent des choses très précises dans mon esprit par rapport à la compréhension générale de l’art (…) D’un certain point de vue, ils m’ont formé (…) d’une façon aussi décisive que les très grands artistes du siècle avec leurs œuvres.

En revanche, ceux qui, surtout parmi les historiques du XXe siècle, ne sont pas dans cette présentation, ne sont pas oubliés par hasard. Leur absence est aussi significative pour moi que la présence des autres. »

Une exposition déroutante

On ne verra donc pas ici de Pop Art, pas de surréalistes, peu d’expressionnistes, on ne verra ni Balthus, ni Botero, ni Klein. Daniel Buren précise : « D’autres absents le sont par accident, impossible d’emprunter une de leurs œuvres. (…) J’ai décidé ici de ne proposer au public que des artistes qui forment à mes yeux une lignée que je respecte et pour lesquels, même si mon esprit critique est toujours en éveil, l’admiration domine. »

Une exposition déroutante aussi car l’accrochage n’est pas du tout conventionnel. On vous avoue qu’on a d’ailleurs été quelque peu perdu par le choix de présentation que le curateur lui-même qualifie de « problématique ». Et surtout, on aurait bien aimé être un peu mieux guidé par Bozar. Certes le livret de l’expo nous indique comment procéder, mais l’information est noyée dans les textes de présentation et pas si facile que ça à déchiffrer. Et on s’est un peu précipité vers les œuvres avant de prendre le temps de le lire. Comme tout le monde le fait toujours, non ? Mais un petit mot du gardien ou d’un médiateur pour nous guider aurait été bienvenu.

On vous explique !

On entre d’abord dans La Salle des Empreintes, un grand corridor aux murs peints de lignes verticales vertes et blanches. On reconnaît immédiatement le travail de Daniel Buren. Sur ces murs, des formes blanches, des empreintes ou des contours. Ce sont les « fantômes » des œuvres. Aucune indication, aucun cartel, tout est noté sur le livret et on comprend (mais pas tout de suite !) que les « œuvres » sont disposées par ordre alphabétique, en partant de la gauche de la salle et en longeant les murs. Le choix de Daniel Buren ne relève donc ni de la chronologie, ni de la hiérarchie, ni de l’esthétique. « On remarque donc dès l’entrée une sorte de règle du jeu qui vient, de manière arbitraire et relativement objective, positionner toutes ces œuvres sans tenir compte ni de leur auteur ni de leur époque, ni de ce que peuvent bien dire les œuvres en question. »

Les « vraies » œuvres sont ensuite réparties dans les salles suivantes, Les Salles des Ombres et des Lumières. Elles sont disposées selon ce même sens de lecture. Ainsi on ne doit pas voir toutes les œuvres d’une salle avant de passer à la suivante, mais on suit le mur de gauche (à dominante bleue) d’une salle à l’autre. C’est seulement arrivé dans la dernière salle qu’on regarde le mur de droite (qui se trouve maintenant sur notre gauche)(vous suivez toujours ?), à dominante rose. Et on parcourt à nouveau toutes les salles en sens inverse jusqu’à revenir à l’entrée.

Mais ce n’est pas tout ! Le dessin de La Salle des Empreintes est reproduit sur les murs des Salles des Ombres et des Lumières selon le même chemin. Sauf que les formes blanches (maintenant bleues et roses), autrement dit les « ombres » des oeuvres, ne peuvent pas toujours accueillir les réalisations initialement prévues. En effet, si les « ombres » de celles-ci se trouvent sur un angle, on ne peut y accrocher un tableau.

L’oeuvre va alors être présentée dans le premier emplacement disponible. Et ainsi de suite.

Pour terminer de brouiller les pistes, des changements ont été effectués entre l’impression du guide du visiteur et l’accrochage… Heureusement un erratum est distribué avec celui-ci et nous indique dans quelle salle se trouvent les œuvres déplacées. Mais aucun moyen de savoir, sauf si on connaît bien l’artiste ou si le titre est suffisamment explicite, où est l’oeuvre dans la salle en question ! Bref, même si la démarche est intéressante et si, finalement, le choix de présentation est une mise en scène qui ne se discute pas, on ne sait pas trop ce qu’on regarde et il est bien difficile de s’y retrouver.

On vous conseille donc de ne pas trop vous poser de questions. Profitez simplement de ce que vous avez sous les yeux car il y a de très belles pièces, des œuvres fortes et majeures. Allez dans le sens qui vous plaît et revenez-y si vous avez envie de suivre le chemin prévu par Daniel Buren, ce qui en soi n’est pas à négliger non plus.

Le catalogue de l’exposition, qui prend ici la forme inhabituelle d’un journal papier, vous apportera des renseignements salutaires et présente même une rétrospective de l’artiste et des lieux dans lesquels il a exposé. Nous en avons d’ailleurs ici tiré les citations de Daniel Buren. Ce serait peut-être une bonne idée de l’acheter d’abord à la librairie et de prendre le temps de le lire avant de visiter…